Assis à une terrasse de café. Le vent est presque inexistant. Juste une petite brise légère. Posé devant moi fume doucement la tasse blanche. Quelques grains de sucre échappés du morceau avant que celui-ci ne plonge dans la boisson, semblent se pavaner sur le bord de la table. La cendre encore chaude s'affaisse dans le cendrier pendant que la cigarette revient régulièrement à mes lèvres, laissant dans l'air une odeur à la fois douce et subtile. Un parfum qui restera accroché pendant quelques heures encore sur ma veste et ma main, se mélangeant à celui du café.
J'attends assis sur la terrasse du café. Tu m'as donné rendez-vous quelques instants plus tôt. Simplement pour se voir.
La Grand Place devant mes yeux s'agite comme une fourmilière. Les gens passent. Certains croulent sous les paquets et sacs. D'autres me paraissent beaucoup moins pressés. Evident qu'en pleine braderie la ville devienne effervescente. Un couple se promène main dans la main, l'un accompagnant l'autre dans une osmose parfaite. Plus loin une bande d'amies semblent s'extasier devant les achats qu'elles ont réalisé. Une mère amène sa fille tranquillement entre les boutiques, cherchant l'occasion qui se transformera en bonne affaire une fois obtenue en magasin, en déambulant de-ci de-là. Les stands remplissent les rues.
Tout respire la rentrée qui s'annonce plutôt belle. Le temps est clément. Les gens sont heureux.
Et j'observe assis à la terrasse du café. Là où tu m'as donné rendez-vous pour se voir tout simplement. Sauf que je te connais. Je sais que tu as une idée derrière la tête. Je ne sais pas si je dois être moi aussi heureux ou anxieux. Je sais juste que je t'attends ici, une tasse à café vide devant moi, une cigarette qui finit de se consumer entre mes doigts.
Tu apparais de l'autre côté de la Grand Place. Tu portes le trench que je t'ai offert pour tes 18 ans l'an dernier. Je me rappelle que tu avais été surprise. Tu ne t'attendais pas à un cadeau de ma part. Disons que je t'avais tellement critiqué pour ce que tu étais auparavant. Je te traitais de minette sans cervelle prônant l'apparence sans l'intelligence, de clone parmi tes semblables. Et pourtant sans que personne ne le sache, je t'aimais en silence. Je n'ai jamais rien dis à personne.
Ce cadeau avait été le début d'un changement entre nous deux. Je te l'avais offert seul. Il n'y avait que nous deux. Je t'avais accompagné en sortant des cours, insisté pour que tu m'accordes quelques instants. Je m'attendais à un refus de ta part. Tu avais finalement accepté de m'écouter, tu t'attendais à tout sauf à ça m'avais tu dis plus tard. Cela fait maintenant un peu plus d'un an que je ne te critique plus, que nous avons les mêmes amis, que passons nos soirées aux mêmes endroits. Peu à peu tu es devenue ma confidente et je me suis transformé en meilleur ami.
Tu sembles me chercher du regard. Je te fais un signe, tu souris et t'approches. Une mèche brune s'échappe pour glisser sur ta joue quand tu te penches pour t'asseoir. Je te regarde. Tu es toujours aussi jolie. Un peu stéréotypée "minette" comme je te le faisais remarquer auparavant. Sauf que j'aime ça justement. J'aime cette manière que tu as d'être.
"Est ce que tu as du feu?" me demandes-tu en te penchant au-dessus de la table une cigarette aux lèvres.
Je me penche vers toi : " Et si tu me disais vraiment pourquoi tu es venue?". Tu reposes ta cigarette. J'enlève mes lunettes de soleil.
"Tu le sais..."
Ma main glisse sur la tienne. Tu approches ton visage et m'embrasse.
Aujourd'hui, je t'attendais assis à la terrasse d'un café. La ville s'agitait autour de moi. Et au fond de moi j'étais heureux. Parce que en ce jour de fin d'été notre vie a changé.
Assis à une terrasse de café. Le vent est presque inexistant. Juste une petite brise légère. Et tu es dans mes bras...