Une grande écharpe enroulée autour du cou sur plusieurs tours lui couvre jusqu'au bout du nez laissant apparaître quelques taches de rousseur rieuses sur le haut de ses pommettes rosies par l'air doux. Les mains enfin sorties des grandes poches de son manteau profitent des quelques rayons de soleil matinaux. Mais malgré la douceur ambiante son corps tremble.
Pourtant ce n'est pas le vent qui la fait frissonner ainsi. Elle a le pas léger et le coeur vaporeux. Elle a réussi à échapper, oublier la douleur du destin. Elle respire de nouveau avec joie à chacun de ses pas sur le sable frêle. Ce frémissement est celui du bonheur retrouvé. Elle chantonne dans sa tête une petite mélodie entraînante qui semble la porter. Elle ressemble aux feuilles oranges et pourpres qui volettent grâce aux bourrasques. Elle souhaite à chacun de vivre cette situation.
Alors elle marche le plus vite possible sans pour autant courir. Le vent lui pique les yeux et le haut de ses joues. Mais les quelques traces des larmes de la veille ont totalement disparues. Heureusement. Elle voulait revivre ne serait-ce qu'un instant. Juste histoire de pouvoir se laisser aller, entrer dans la folle ronde de la vie et la savourer. Les gens sont là. Ils la croisent et passent leur chemin sans remarquer son changement d'humeur.
Elle sait que aucune de ces personnes ne fait attention à elle. Au fond d'elle même elle se dit que son attitude de la veille vis à vis d'eux, cette espèce de méfiance mêlée de gêne n'avait pas lieu d'être. Elle préfère les ignorer, derrière leur mur qu'ils se sont construits depuis des années. Depuis déjà tout ce temps. Elle voudrait pouvoir leur transmettre sa joie de vivre mais ils sont si fermés. Tant pis pour eux.
Et elle se pose rapidement cette question en l'oubliant presque aussitôt : comment a-t-elle pu croire aimer cet homme qui ne lui accordait pas un regard?
